Plan morphologique ou syntaxique : quelle différence ? Deux types de plans en grammaire au CAPES et à l'agrégation, avec des exemples tirés des rapports du jury
Plan morphologique ou plan syntaxique en grammaire au CAPES et à l'agrégation : deux types de plans définis simplement et illustrés par les corrigés du jury.
« Plan morphologique », « plan syntaxique », « plan sémantique » : ces trois expressions reviennent dans de nombreux rapports de jury du CAPES et de l’agrégation, sans y être toujours expliquées. Un plan morphologique classe les occurrences selon leur forme, un plan syntaxique selon leur fonction dans la phrase. En 2025, par exemple, le jury du CAPES écrit avoir attendu, pour les adverbes, « un plan soit morphologique (en fonction de la formation de l’adverbe et du degré de figement de la locution adverbiale) soit syntaxique (en fonction de l’incidence de l’adverbe) ».
Pour fabriquer Hodos, nous avons comparé les corrigés des questions de grammaire du CAPES depuis 2016 et de l’agrégation depuis 2008, et c’est en les mettant côte à côte que la logique de ces trois plans devient claire.
Cet article prolonge celui sur la construction du plan d’une question de grammaire. On y trouvera une définition des plans morphologique et syntaxique, avec des exemples tirés des corrigés. Le plan sémantique, et la façon de choisir entre les trois, font l’objet d’un second article.
Qu’est-ce qu’un plan, en grammaire ?§
Un plan de grammaire repose sur un seul critère, qui permet de répartir les occurrences du texte en grandes parties, de sorte que chacune d’elles soit traitée une fois et une seule. Le rapport du CAPES 2019 distingue trois critères possibles : « Soit le plan se fonde sur la morphologie, soit il se fonde sur la syntaxe, soit encore sur la sémantique, même si bien sûr ces trois fondements de la réflexion grammaticale seront sollicités dans le corps du développement. »
Ces trois critères correspondent à trois façons de regarder un même mot. Prenons « lentement » dans « il marche lentement ». Du point de vue de la morphologie, c’est un adverbe dérivé, formé sur l’adjectif « lent » au féminin et le suffixe « -ment » ; du point de vue de la syntaxe, il porte sur le verbe « marche » ; du point de vue de la sémantique, il exprime la manière.
Reste à voir ce que donnent les deux premiers.
Qu’est-ce qu’un plan morphologique ?§
Un plan morphologique classe les occurrences selon leur forme, c’est-à-dire selon ce que sont les mots, indépendamment du rôle qu’ils jouent dans la phrase. La terminologie grammaticale d’Éduscol distingue à ce propos deux choses : « La morphologie grammaticale analyse les variations grammaticales des formes des mots », comme le passage du singulier au pluriel, tandis que « La morphologie lexicale s’intéresse à la formation des mots ».
Dans les corrigés, le plan morphologique prend trois formes.
- Le classement par nature. Au CAPES 2019, la question portait sur la fonction sujet, et le corrigé annonce : « on proposera un plan morphologique (selon les catégories grammaticales) ». Il range donc les sujets en deux parties : les sujets nominaux, puis les sujets pronominaux.
- Le classement par formation. Pour les adverbes, le rapport de l’agrégation de grammaire 2018 distingue les formes simples, héritées du latin (« bien, plus, moins, très »), les adverbes dérivés en -ment, les formes composées (« peut-être, sans prévenir, sans arrêt ») et les formes issues d’une dérivation impropre, c’est-à-dire d’un adjectif employé comme adverbe (« parler haut / parler bas »).
- Le classement par mot introducteur, pour les subordonnées. Le rapport du CAPES 2022 propose ainsi un classement « morphologique, par type de subordonnant (conjonction, locution conjonctive, système corrélatif) », et celui de l’agrégation spéciale 2024 range les subordonnées selon qu’elles sont introduites par un pronom relatif ou par une conjonction de subordination.
Ce plan convient surtout quand la question porte sur une fonction, puisque toutes les occurrences ont alors le même rôle et ne se distinguent que par leur nature. Il a cependant une limite, que le jury de 2019 signale lui-même : ce plan « était tout à fait possible », mais il a souvent conduit les candidats à « un simple étiquetage de la nature des mots ». Pour une question sur les adverbes, le jury du CAPES 2017 jugeait d’ailleurs « peu pertinente » une organisation du type « I. Les adverbes construits, II. Les adverbes simples ».
Qu’est-ce qu’un plan syntaxique ?§
Un plan syntaxique classe les occurrences selon le rôle qu’elles jouent dans la phrase, c’est-à-dire selon leur fonction. La terminologie d’Éduscol le définit ainsi : le plan syntaxique « consiste essentiellement en l’analyse des fonctions dans la phrase ».
Le cas le plus simple est celui des adjectifs. À l’agrégation de grammaire 2023, le jury écrit : « On pouvait ainsi proposer un classement en deux grandes parties fondées sur les fonctions occupées par les adjectifs. » Le corrigé étudie donc d’abord l’adjectif attribut (« Te voilà donc heureux »), puis l’adjectif épithète, qu’il divise en épithète liée (« ce doux éclat », « l’air pur du matin ») et en épithète détachée, séparée du nom par une virgule. Pour les pronoms, le corrigé de l’agrégation 2025 classe de la même manière les pronoms sujets, puis les pronoms compléments, et le jury estime que, parmi les organisations possibles, « la plus simple et sans doute la plus efficace s’appuyait sur un classement syntaxique ».
Pour les mots qui n’ont pas de fonction propre, comme l’adverbe ou la préposition, le plan syntaxique repose sur l’incidence, c’est-à-dire sur l’élément auquel le mot se rattache. Au CAPES 2021, pour les groupes prépositionnels ouverts par « de », le jury estime qu’« il convenait d’adopter un plan fonctionnel, par incidence ». Le corrigé distingue ainsi les groupes incidents à un nom ou à un pronom (« d’un charnier mortuaire »), les groupes incidents à un verbe (« de pourriture », complément du verbe « tombe »), et les groupes incidents à toute la phrase (« d’autre costé »).
Ce plan convient surtout quand la question porte sur une classe de mots, puisque toutes les occurrences ont alors la même nature et ne se distinguent que par leur rôle.
Le sens, troisième critère du rapport de 2019, ne fournit un bon plan que dans des cas précis, que nous détaillons, avec un tableau pour choisir entre les trois, dans l’article sur le plan sémantique.
Distinguer la forme et la fonction paraît simple sur un exemple isolé, mais la difficulté apparaît dans un texte du concours, quand il faut reconnaître la nature et la fonction de chaque occurrence. Pour vous faire une idée de votre niveau sur ces analyses, n’hésitez pas à essayer le test de positionnement de Hodos, sur douze questions tirées des annales du CAPES.
Bon courage pour cette année de préparation !
Sources§
- Rapport du CAPES 2025 (adverbes et locutions adverbiales), « Annales par notion », I.5, l. 225-227.
- Rapport du CAPES 2019 (fonction sujet), II.1, l. 133-137, 161-167 et 277-281.
- Terminologie grammaticale d’Éduscol, « La grammaire du français », conclusion générale, p. 180-181 (les plans d’analyse).
- Rapport de l’agrégation de grammaire 2018 (adverbes), I.5, l. 160-171.
- Rapport du CAPES 2022 (subordonnées circonstancielles), III.3, l. 287-288.
- Rapport de l’agrégation spéciale 2024 (subordonnées), III.1, l. 222-293.
- Rapport du CAPES 2017 (adverbes), I.5, l. 151-165.
- Rapport de l’agrégation de grammaire 2023 (adjectifs), I.2, l. 217-310.
- Rapport de l’agrégation externe de Lettres modernes 2025 (le pronom), I.4, l. 174-176 et 263-264.
- Rapport du CAPES 2021 (groupes prépositionnels ouverts par « de »), I.6, l. 222-345.